Changements du drapé et de la pudeur par rapport à l'activité.

La proportion du corps couverte par le sari varie énormément d'une région à l'autre. Par exemple, les femmes Tamoules ont des styles qui couvrent bien les jambes, mais hésitent moins à révéler leur poitrine. Dans le Maharashtra, le haut du corps et la tête sont couverts, mais les jambes sont parfois nues jusqu'au dessus du genou.
Le style de drapé et la proportion du corps visible peuvent aussi changer par rapport à l'activité. De nombreuses femmes portant des saris traditionnels ont une façon "longue" de porter le sari à la maison ou dans la rue, et une façon "courte" lorsqu'elles travaillent dans les champs ou sur les chantiers.
Les deux mannequins montrés ici portent deux variations d'un même sari, que l'on trouve au nord de l'Andhra Pradesh et au sud du Madhya Pradesh.

 

 Sari Koppla Velam, 7 yards. (à droite)

Les femmes de la caste "Koppla Velam" travaillent dur dans les champs. Elle modifient alors le drapé de leur sari et découvrent leurs jambes.
Elles ont un sari un peu plus long que la normale, de 7 yards, et laissent le pallav retomber longuement. Quand elles travaillent, elles entortillent le mundanai de façon à faire une sorte de ceinture qu'elles passent entre les jambes et autour de la taille. Le sari est ainsi fermement maintenu autour du corps, laissant les bras et les jambes libres et découverts.

Sari au repos des femmes Koppla Velam 6 yards. (à gauche)

Quand elles ne travaillent pas, les mêmes femmes détachent le pan du sari qui passait entre les jambes et le drapent sur leur tête. Elles sont ainsi totalement couvertes, le bas du sari retombant sur les jambes.

L'évolution du drapé des saris

La plupart des styles modernes ne datent qu'au plus tôt du 19ème siècle. En effet, pendant des siècles les Indiens, hommes comme femmes, n'ont porté que des veshtis (pour les castes basses) et des dhotis (pour les castes hautes). L'arrivée des Britanniques a eu une grande influence sur les costumes qui se sont mis à couvrir de plus en plus tout le corps des femmes, et qui sont aussi devenus spécifiques à chaque caste ou groupe ethnique, reflétant le désir des Britanniques d'une société bien typée et marquée.
Le sari moderne est, par contraste, un sari égalitaire, qui ne révèle ni la caste ni le corps de la femme qui le porte. Les femmes de basses castes surtout abandonnent donc rapidement leurs styles traditionnels, qui affiche leur origine, pour prendre ce drapé neutre. Les femmes des hautes castes préfèrent aussi ce style simple et moderne aux drapés traditionnels extrêmement complexes qui marquent leur statut.

   On peut donc trouver aujourd'hui, dans un même village, celui de Mudumalai par exemple, 3 femmes de 3 générations différentes qui, bien qu'appartenant à la même caste et famille, portent 3 styles distincts: La grand-mère préfère le drapé typique de sa tribu, un simple veshti enroulé autour du torse. La mère a adopté le sari pinkosu, imitant en cela les femmes des castes agricoles vivant dans la plaine. Elle quitte donc l'identité tribale pour celle plus générale des paysannes tamoules. La fille porte le sari moderne, perdant toute identification locale ou ethnique.  
 

 Sari Irula, 2 yards. (au dessus à droite)

Les Irulas sont une tribu montagnarde qui vit traditionnellement de la pêche dans les rivières et de l'exploitation de la forêt dans laquelle ils vivent. Ils sont pauvres, et les femmes s'habillent d'un veshti ou d'un lambeau de sari de 2 yards, simplement enroulé autour du torse. La grand-mère du village porte toujours ce style très simple.

 

Sari pinkosu, 8 yards. (à gauche et au dessus à gauche)

La mère Irula a profité des nombreux bus desservant Mudumalai pour descendre dans la plaine et gagner plus d'argent en dératisant, une spécialité de la tribu qui les emmène parfois très loin de leur territoire. Elle peut s'acheter des saris de coton bon marché de 8 yards nécessaires au drapé porté par la majorité des paysannes tamoules. Ce faisant elle abandonne la tradition de sa tribu pour une identification tamoule.

 Sari moderne, 6 yards.

La fille Irula est plus riche car son mari est cornac, une autre spécialité de la tribu. Il emmène les touristes à dos d'éléphant dans la réserve naturelle de Mudumalai. Les contacts fréquents avec les touristes venus de toute l'Inde ont non seulement apporté l'argent qui permet de s'acheter des saris modernes en nylon, mais aussi le drapé commun à toute l'Inde.

Conclusion

Comme on le voit bien dans cet exemple du village de Mudumalai et des femmes de la tribu Irula, les drapés traditionnels sont abandonnés au profit de drapés moins spécifiques, et indiquant une appartenance à un groupe de plus en plus large. Dans une même famille, on peut ainsi trouver des styles différents à chaque génération. Le sari moderne est celui de l'Inde unie et démocratique.

 

 

 Le sari et la mode

Les saris sont loin d'être des costumes antiques figés dans le temps. Bien au contraire, les femmes Indiennes suivent attentivement la mode et changent le textile, le drapé et les accessoires de leur sari très fréquemment.

 Sari moderne, 6 yards.

Les saris de 9 yards, plus populaires au début du siècle, disparaissent rapidement au profit du sari moderne, qui ne demande qu'un tissu de 6 yards. D'année en année, la façon de le draper évolue, avec une tendance récente à une géométrie figée par des épingles, alors qu'il y a quelques décennies il était plus seyant d'avoir le pallav retombant et libre.

 

 "Ethnic Chic" : Sari Gujarati, 6 yards.

Une mode récente à été appelée "ethnic chic" car les femmes riches de l'élite indienne se sont mises à porter des vêtements inspirés des costumes fortement décorés des villageoises du Rajastan. Ces tissus étaient déconsidérés comme "paysans" jusqu'à ce que les Indiennes "chic" remarquent leur grande beauté et s'emparent de ce style, qui n'était pour elles nullement traditionnel.
Ce mannequin porte un sari à la mode, très dépouillé, sur une blouse particulièrement ornementée à la manière des villageoises.

 Magazines de mode

La dernière mode indienne peut être suivie dans de nombreux magazines féminins tels que ceux montrés ici. On y trouve non seulement le dernier cri en tant que sari, mais aussi des vêtements cousus tels que les ensembles "salvar kamiz".

 
EXPOSITION SUR LE DRAPE DES SARIS
Hotel de région St Denis

La Réunion - Dipavali 99